Elle est la mélancolie. Elle tient en quelques notes sur un piano, quelques mots sur une feuille vierge.
Elle est le manque. L’appendice en moins après la crise.
Elle me manque.
Elle est la mélancolie. Elle tient en quelques notes sur un piano, quelques mots sur une feuille vierge.
Elle est le manque. L’appendice en moins après la crise.
Elle me manque.
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Mistinguett - Il m’a vu nue
J’étais un type banal. Un jour, j’ai rencontré cette fille et je suis devenu moins banal. A la vue de son visage j’ai souri, comme un idiot. Je n’ai plus su arrêter. Je souriais, sans cesse. Ce sourire l’a charmé, elle est tombée dans mes bras, amoureuse. On a vécu heureux quelque temps. Je n’avais pas le choix, j’avais toujours ce sourire comme placardé sur mon visage. C’était comme une grimace, mais agréable. Ce n’était plus mon visage. Et puis elle s’est lassée. Elle en eût assez de ce sourire. Ce qui l’avait charmé un temps était devenu horripilant . Alors elle est partie, mais je souriais toujours. Je ne me supportais plus, j’en brisais les miroirs. J’étais triste, une pierre de l’intérieur, mais je souriais. J’ai voulu arracher ce sourire, je me suis coupé la commissure des lèvres de chaque côté. Je souriais toujours, mais maintenant comme un ange. Et puis tout s’est arrêté. Un jour, j’ai perdu mon sourire. Je ne sais pas ou exactement, mais je l’ai perdu. J’étais le plus heureux des hommes, mais je ne pouvais plus sourire.
J’avais complètement flashé sur la couverture de ce bouquin, c’est ce qui m’a poussé à lire le résumé et à l’ajouter à la looooongue liste de mes livres “A lire un jour où l’autre”. Il est finalement arrivé plus vite que prévu dans ma bibliothèque (et heureusement). Ce roman est captivant, j’avais un peu peur en commençant, mais la peur s’est vite barrée. L’auteur crée un monde régi par la couleur, chaque personne est une sorte de daltonien uniquement sensible à une couleur ; c’est cette vision qui déterminera son rang social (par rapport à la place de la couleur dans le spectre chromatique). On s’immerge lentement mais sûrement dans ce nouveau monde en suivant les aventures du jeune Edward Rousseau. Le roman porte bien son nom, le monde créer par l’auteur est une véritable tyrannie basée sur un livre écrit par Munsell, mort cinq siècles avant l’histoire (ça fait très Corée du Nord quand on y pense). Au fur et à mesure que l’histoire avance une trame se dessine, une succession de question se mettent à flotter dans votre esprit alors que les réponses arrivent au compte goutte. Le suspense vous domine et fait naître une insatiabilité de lecture (j’ai plusieurs fois maudit le sommeil de me dominer alors que j’étais dans un passage prenant).
Ce premier tome m’a passionné et a fait naître une immense frustration : il va falloir attendre le deuxième tome maintenant.
La tyrannie de l’arc-en-ciel
Jasper Fforde
10/10
PS : Merci à ma vieille tante de m’avoir offert cette merveille.
C’est beau. C’est mon premier Beigbeder (si on ne compte pas le passage dégueulasse que j’ai lu dans Nouvelles sous ecstasy). Ca se lit vite, ça prend, ça emmène, on oublie que le temps passe parce qu’on lit tellement vite qu’on croit dépasser le temps. On est pris. C’est niais, c’est cru (c’est peut-être inutile) et surtout, c’est trop court.
8.5/10
Extrait :
XLV
Alors
Alors je prends mon stylo pour dire que je l’aime, qu’elle a les plus longs cheveux du monde et que ma vie s’y noie, et si tu trouves ça ridicule pauvre de toi, ses yeux sont pour moi, elle est moi, je suis elle, et quand elle crie je crie aussi et tout ce que je ferai jamais sera pour elle, toujours, toujours je lui donnerai tout et jusqu’à ma mort il n’y aura pas un matin où je me lèverai pour autre chose que pour elle et lui donner envie de m’aimer et embrasser encore et encore ses poignets, ses épaules, ses seins et alors je me suis rendu compte que quand on est amoureux on écrit des phrases qui n’ont pas de fin, on n’a plus le temps de mettre des points, il faut continuer à écrire, écrire, courir plus loin que son coeur, et la phrase ne veut pas s’arrêter, l’amour n’a pas de ponctuation, et des larmes de passion dégoulinent, quand on aime on finit toujours par écrire des choses interminables, quand on aime on finit toujours par se prendre pour Albert Cohen, Alice est venue, Alice a quitté Antoine, elle est partie, enfin, enfin, et nous nous sommes envolés, mentalement et physiquement, nous avons pris le premier avion pour Rome, bien sûr, où d’autre aller, Hôtel d’Angleterre, Piazza Navona, Fontaine de Trevi, voeux éternels, balades en Vespa, quand nous avons demandé des casques le loueur de scooters a tout compris il a répondu il fait trop chaud, amour, amour ininterrompu, trois, quatre, cinq fois par jour, mal à la bite, jamais vous n’avez autant joui, tout recommence, vous n’êtes plus seuls, le ciel est rose, sans toi je n’étais rien, enfin je respire, nous marchons au-dessus des pavés, quelques centimètres plus haut que le sol, personne ne le voit sauf nous, nous sommes sur coussins d’air, nous sourions sans raison aux Romains qui nous prennent pour des mongoliens, des membres d’une secte, la secte de Ceux qui Sourient en Lévitation, tout est devenu si facile maintenant, on met un pas devant l’autre et c’est le bonheur l’amour la vie les tomates-mozarella noyées dans l’huile d’olive les pasta au parmesan, on ne finit jamais les assiettes, trop occupés à se regarder dans les yeux se caresser les mains bander, je crois que nous n’avons pas dormi depuis dix jours, dix mois, dix ans, dix siècles, le soleil sur la plage de Fregene on prend des Polaroid comme celui qu’Anne a trouvé dans son sac à Rio, il suffit de respirer et de te regarder, c’est pour toujours, pour toujours et à jamais, c’est invraisemblable, époustouflant comme la joie de vivre nous étouffe, je n’ai jamais vécu ça, est-ce que tu ressens ce que je ressens? tu ne pourras jamais m’aimer autant que je t’aime, non c’est moi qui t’aime plus que toi, non c’est moi, non c’est moi, bon c’est nous, c’est si merveilleux de devenir complètement débile, à courir vers la mer, tu étais faite pour moi, comment exprimer quelque chose d’aussi beau avec des mots, c’est comme si, comme si on avait quitté la nuit noire pour entrer dans une lumière éblouissante, comme une montée d’ecstasy qui ne s’arrêterait jamais, comme un mal de ventre qui disparaît, comme la première bouffée d’air que tu inspires après t’être retenu de respirer sous l’eau, comme une réponse unique à toutes les questions, les journées passent comme des minutes, on oublie tout, on naît à chaque seconde, on ne pense à rien de laid, on est dans un présent perpétuel, sensuel, sexuel, adorable, invincible, rien ne peut nous atteindre, on est conscient que la force de cet amour sauvera le monde, oh nous sommes effroyablement heureux, tu montes dans la chambre, attends-moi dans le hall, je reviens tout de suite, et quand tu as pris l’ascenseur j’ai grimpé par l’escalier quatre à quatre, en sortant de l’ascenseur c’est moi qui t’ai ouvert la porte, oh nous avions les larmes aux yeux d’avoir été séparés trois minutes, lorsque tu as croqué dans une pêche bien mûre le jus de fruit dégoulinait sur tes cuisses bronzées oh putain j’ai envie de toi tout le temps, encore et encore, regarde comme je sperme sur ton visage, oh Marc, oh Alice, j’ai un orgasme, c’est looong, c’est fooort, on n’a visité aucun monument de cette ville, ça y est elle est prise d’un fou rire, qu’est-ce que j’ai dit pour que tu ries comme ça, c’est nerveux, j’ai joui si fort je t’adore, mon amour, quel jour sommes-nous?
« Aujourd’hui, les rideaux sont ouverts. Pas entièrement, juste un peu. Cela m’a fait penser à ma mère alors je les ai laissé ouverts pour faire disparaître cette pensée. Je ne sais pas si je les ouvrirai plus. C’est lui qui les a ouvert. Je ne sais pas pourquoi, peut-être qu’il voulait admirer le paysage. Peut-être qu’il voulait voir si j’allais lui couper les mains comme je l’en avais menacé. Je ne sais pas. Peut-être que je lui demanderai un jour. »
[…]
Je l’ai suivi du regard. Chaque pas était un battement. On pourrait dire que je le suivais du coeur. Il avançait et rétrécissait sous l’effet de la distance, alors que mon coeur explosait de sa présence.
Il était maintenant loin, il n’était plus qu’un point pour ma vue mais un poids pour mon coeur. J’étais lourd. C’était une lourdeur sentimentale. C’était l’Amour.
[…]
Edith Piaf Mon Dieu
“Jouir simplement de son bonheur et ne rien demander de plus”
(A regarder en plein écran)
Tu n’étais pas là, Oussama. Tu n’étais pas dans l’avion, face à ces terroristes, face à la mort. Tu n’avais pas peur toi. Est-ce que tu aurais eu peur ? A ce moment là, ce moment où les avions fonçaient vers les tours, tu n’avais pas peur toi. Tu étais devant la télévision, attendant avec impatience l’interruption des programmes. Quand les tours ce sont écroulées, c’est ta fierté qui s’est élevée. Tu ne faisais pas ta prière, tu ne pleurais pas, tu ne pensais pas aux gens qui t’aiment. Mais personne ne t’aime Oussama. Personne.
Tu dois être triste, Oussama. Tu n’auras pas pu fêter les 10 ans de ton machiavélisme. Tu n’auras pas pu imaginer d’autres horreurs, tu n’auras pas pu tuer sans scrupule d’autres innocents et tu n’auras pas pu transmettre un peu plus ton ignominie. C’est fini. C’est fini pour toi. Personne ne te pleure. Personne n’a eu sa vie, son coeur brisé par ta mort. Tu n’as été et ne sera rien d’autre qu’un démon, Oussama, et te voilà maintenant dans ton royaume, c’est tout ce que tu mérites.
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La fumée qui se déforme. L’éclairage vacillant d’un néon. Une pièce sombre. Une jeune fille sur un lit, une cigarette à la bouche. Elle fume à s’en faire tourner la tête. Elle veut que ses pensées soient une cigarette, qu’elles se consument et qu’il n’en reste rien d’autre qu’une fumée éphémère.
En face d’elle, un homme, tête baissée. On ne voit pas son visage, la pièce n’est pas assez éclairée.
- Tu ne peux pas.
Silence. Nouvelle bouffée de tabac.
- Tu ne peux pas revenir. Tu ne peux pas arriver, comme ça, comme s’il ne s’était jamais rien passé, comme si rien ne s’était jamais arrêté, comme si tu avais toujours été là. Tu es parti, tu as disparu.
Nouvelle bouffée de tabac.
- Tu m’as fait mal, tu m’as détruite. Tu m’as laissé pour morte, tu m’as laissé à l’agonie. Tu m’as laissé crever. Tu m’as tué.
Silence. Il n’y en a plus. Il n’y a plus de tabac, il ne reste que de la colère. Le mégot est jeté à travers la pièce et rejoint un tas.
- Tu ne peux pas revenir et me détruire à nouveau.
Du sang coule. Une goutte. La tête de l’homme vacille. Un filet. Les yeux ouverts, le regard de mort.
La fille se lève, s’approche de la sortie.
- Tu ne pouvais pas revenir.
Le néon s’éteint. Noir. La porte claque. Un bruit de briquet, une inspiration, des claquements de talon. Plus rien.
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